Disclose à Lyon : « Ce sont les citoyens qui créent la dynamique, l’action ne peut venir que d’eux »

Disclose à Lyon : « Ce sont les citoyens qui créent la dynamique, l’action ne peut venir que d’eux »

Le nouveau média d’investigation Disclose, auquel s’associe le collectif We Report, a été présenté à Lyon le 20 novembre 2018 lors d’un débat à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon. Son thème : « Au-delà des lanceurs d’alerte : comment journalistes et citoyens peuvent travailler ensemble ? ». L’occasion de revenir sur l’expérience de Frédéric Champly, praticien hospitalier, lanceur d’alerte de la vallée de l’Arve et candidat citoyen aux législatives. Compte-rendu réalisé par Adrien Pagliano, étudiant du master Journalisme, médias et territoires à l’IEP de Lyon.

C’est d’abord « simplement » en faisant son « boulot de médecin » que l’urgentiste haut-savoyard, chef de pôle aux Hôpitaux du pays du Mont-Blanc, a donné l’alerte en 2016, au sujet de la pollution de l’air de sa vallée : « À la base, j’ai été sensibilisé par des parents sur la santé de leurs enfants. Je n’ai pas vraiment agi comme un lanceur d’alerte, j’ai juste constaté qu’il y avait plus de maladies respiratoires dans la région. »

Puis, vient un jour l’opportunité de se faire entendre plus largement : « Une journaliste de France 2 m’a contacté pour un sujet sur le secours en haute montagne », retrace-t-il. Il en profite pour lui parler de la qualité de l’air au pied du Mont Blanc. La journaliste enquête, son sujet obtient six minutes de diffusion, qui plus est sur la grille du 20 heures présenté par Laurent Delahousse le dimanche soir. « Le reportage est passé le premier dimanche des vacances de février, au moment où tous les Parisiens descendaient dans les stations, raconte Frédéric Champly. Dans une séquence, on me voit dire que l’air de la vallée est mortel. » Durant les pics de pollution, le respirer reviendrait, selon le médecin, à inhaler celui « d’une pièce de 20m² en présence de huit fumeurs ».

La « bienveillance » des médias

L’alarme est enclenchée. Des élus locaux, qui se passeraient bien de cette mauvaise publicité, multiplient les pressions, tandis que la mobilisation citoyenne va croissante. La vallée de l’Arve devient le symbole de la mauvaise qualité de l’air en montagne. Puis l’actualité retombe. Arrivent les législatives de 2017 : « Au départ, une vingtaine de personnes ont demandé ma candidature. Je n’en avais pas envie, mais la mobilisation m’a poussé à le faire. On a donc formé une petite équipe et fait campagne pendant trois mois avec comme thème unique la qualité de l’air. J’ai toujours refusé d’être catégorisé écolo, je voulais garder cette ligne citoyenne, même si je savais que je ne serai pas élu », relate Frédéric Champly, qui est arrivé troisième à l’issue du premier tour dans la sixième circonscription de Haute-Savoie, avec 13,2% des voix.

Interrogé sur le rapport entretenu avec les journalistes, Frédéric Champly dit ne pas avoir eu de « mauvaises surprises » et estime au contraire avoir bénéficié d’une forme de « bienveillance » et « d’espace pour s’exprimer ». Mais le problème intervient selon lui sur la durée : « On est porté au moment où on est médiatisé, mais après, on est laissé de côté, face aux élus qui eux n’oublient pas que vous existez. »

« La santé n’est jamais la priorité »

Des professionnels de la politique « inaccessibles », auxquels s’adresser ne serait qu’« une perte de temps », juge le médecin, car « ils n’ont pas le même niveau d’intérêt que nous ». Même sa rencontre avec Nicolas Hulot, alors ministre de l’Ecologie, n’a rien changé : « On a pu discuter pendant trois heures. Il avait une réelle volonté d’arranger les choses, mais il était trop seul au sein du gouvernement », considère Frédéric Champly.

Au final, qui reste-t-il ? Les citoyens : « Ce sont eux qui créent la dynamique. Le pouvoir est là. A un moment donné, l’action ne peut venir que d’eux. Les élus locaux et les députés sont là pour représenter la population, or la santé n’est jamais la priorité, déplore l’urgentiste. Il faut arrêter de croire qu’on ne peut que subir le système. » Le scandale des Implants Leaks et la mobilisation des associations de patients qu’ils ont suscitée pourraient en être la preuve la plus récente.

Adrien Pagliano

By | 2018-12-05T17:34:55+00:00 03/12/2018|Tags: , , |

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Alberto Campi

Alberto Campi, photojournaliste. Basé entre Genève et Grenoble. Adepte du « slow journalisme », Alberto Campi est indépendant depuis 2007. Italien de naissance, migrant par vocation. Correspondant pour le mensuel suisse La Cité. Il a publié sur : La Cité, Mediacités, Mediapart, Irin News, La Tribune de Genève, Il Corriere della Sera, La Stampa, Internazionale, Visionscarto.net, Il Fotografo, Witness Journal, Capital, Vivre Ensemble… Il collabore avec le département de géographie et d’environnement de l’Université de Genève et la HETS à Genève. Prix : World Report Award, catégorie « Single Shot », au festival de la photographie éthique de Lodi (Italie), en 2017. Prix international DevReporter 2016, avec Mathieu Martiniere et Daphné Gastaldi, pour des reportages sur les Roms en Roumanie et Slovaquie. Lauréat du Swiss Photo Award 2012, catégorie « Reportage », pour son travail sur l’immigration en Grèce, « Beyond Evros Wall ». Site perso : www.albertocampiphoto.com

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